Témoignage à deux voix

PM 297- C1 logo Nous avons compris que ce pré-synode auquel nous participions n’était pas une façade. Nous pouvons témoigner aujourd’hui qu’une Église synodale est une Église qui a conscience qu’écouter est bien plus qu’entendre. (Présence Mariste n°297, octobre 2018)

Anne Thibout et Charles Callens sont tous deux engagés à la Conférence des Évêques de France pour travailler à la préparation du Synode des jeunes qui se tiendra à Rome en octobre 2018.

Qui êtes-vous ? Comment vous êtes-vous retrouvés impliqués dans cette mission de préparation du Synode des jeunes ?

À la fin de nos études respectives (sciences politiques pour Charles, commerce pour Anne), nous avons chacun recherché une première expérience professionnelle qui puisse porter du sens, qui nous permette de vivre en cohérence notre vie professionnelle et nos valeurs personnelles.

Charles s’étant impliqué dans la vie de l’aumônerie de son université, Anne ayant participé à l’organisation des JMJ de Cracovie, mettre nos compétences au service de l’Église de France et de grands projets pastoraux à destination des 18-35 ans nous est apparu comme une chance.

Vous avez vécu des rencontres de préparation en France, à Rome ou ailleurs, pouvez-vous partager l’une ou autre belle découverte ?

Charles Callens
Charles Callens

Il y a bientôt deux ans, c’est avec grande joie que nous apprenions que le Pape souhaitait consacrer le prochain synode des évêques, à nous, les jeunes !
Ce synode aura lieu du 3 au 28 octobre 2018 à Rome, il réunira plusieurs centaines de pères synodaux dont quatre évêques français. Nous savons l’importance que revêtent les synodes depuis le pontificat de François : « le chemin de la synodalité est justement celui que Dieu attend du l’Église du troisième millénaire » déclarait-il d’ailleurs en octobre 2015, à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’institution du synode des évêques.

Nous avions naturellement l’un et l’autre beaucoup entendu parler des synodes sur la famille via les médias, mais nous ignorions tout ou presque de leur fonctionnement. Nous pouvons témoigner aujourd’hui qu’une Église synodale est une Église qui a conscience qu’écouter est bien plus qu’entendre. En effet, en mars dernier, nous avons eu la joie avec 300 autres jeunes du monde entier, de prendre part au pré-synode convoqué par le Pape François qu’il a introduit en ces termes :
« vous êtes invités parce que votre apport est indispensable. Nous avons besoin de vous pour préparer ce synode. A de nombreux moments de l’histoire de l’Église, comme aussi dans de nombreux épisodes bibliques, Dieu a voulu parler par le biais de plus jeunes. Dans les moments difficiles, le Seigneur fait avancer l’histoire avec les jeunes. Ils disent la vérité, ils n’ont pas honte ».

Nous avons alors compris que ce pré-synode auquel nous participions n’était pas une façade, mais découlait d’une véritable volonté du Pape de permettre au public le plus concerné par ce synode, en l’occurrence les jeunes, d’être consultés en amont afin que les évêques réunis en octobre puissent partir de textes en phase avec le réel. Nous sommes heureux d’avoir remis au Pape, le dimanche des Rameaux place Saint-Pierre, un document qui synthétise l’ensemble des échanges que nous avons eu avec les autres jeunes durant le pré-synode. S’il fallait ne retenir qu’une seule citation de ce document, ce serait celle-ci :
« Au-delà des processus de décisions institutionnels, nous voulons être une présence joyeuse, enthousiaste et missionnaire au sein de l’Église […] Actuellement, il s’agit d’un potentiel inexploité, car la créativité de l’Église est souvent l’apanage des membres plus âgés. »

Quelle est votre vision de l’avenir, et en quoi ce synode des jeunes et l’Église peuvent-ils y répondre ?

Les jeunes ont soif de spiritualité et d’intériorité. Notre génération est à la recherche d’espaces qui lui permettent de vivre de cet élan. Nous avons le désir de nous engager dans des projets qui font sens, de donner de notre temps, de vivre de nos valeurs, et pour les chrétiens, l’Église est tout naturellement un lieu qui nous propose de répondre à ces aspirations. Scoutisme, JMJ, pèlerinages, animation liturgique, service de l’autel sont des espaces fondateurs de notre Foi, qui nous proposent des responsabilités qui font écho à notre désir d’engagement.

Anne Thibout
Anne Thibout

Beaucoup de jeunes interrogés dans le cadre de la préparation du synode relèvent le désir de mettre leur énergie, leur jeunesse et leurs compétences au service d’initiatives missionnaires. Nous demandons le soutien de l’Église dans ces démarches qui peuvent bousculer les habitudes.

Si les jeunes ont des aspirations parfois opposées, nous voulons tous une Église qui suscite le débat, qu’elle nous ouvre des espaces de dialogue constructifs, qu’elle soit le vecteur commun qui nous rassemble dans notre diversité et permette la rencontre des générations entre elles. Dans un monde où les jeunes chrétiens sont minoritaires et où nous pouvons être tentés de définir notre appartenance religieuse par opposition, nous aspirons à une Église unie qui déplace les clivages pour se ré-ancrer dans le Christ.

Un des autres enjeux de ce synode réside dans le rapprochement de l’Église et des jeunes. Notre méconnaissance du fonctionnement ecclésial et le traitement souvent unilatéral des informations par les médias, nuisent à notre perception de l’Église. De cette réflexion commune entre jeunes et évêques, nous attendons une clarification de nos relations qui permette un rapprochement, une compréhension mutuelle, un travail commun dans lequel chacun se reconnaisse.

Pour notre génération, il est primordial que l’Église en tant qu’institution soit exemplaire, vraie, crédible, cohérente, irréprochable. C’est seulement dans ces conditions que nous aurons le désir de vivre du message qu’elle porte.

Enfin, nous vivons dans un monde globalisé qui place au cœur de nos vies des questions identitaires : professionnelles, religieuses, culturelles, sexuelles et affectives… La liberté qui est aujourd’hui la nôtre dans l’appréhension de ces choix peut parfois nous laisser démunis. Nous attendons de l’Église un soutien dans notre discernement vocationnel c’est-à-dire notre réflexion sur l’humain, la Foi, la vie, l’amour : un discours concret et un accompagnement spirituel qui rejoint chacun mais également des espaces d’accueil et de rencontres qui nous permettent de nous sentir écoutés et compris sans jugement.

Anne et Charles
(Publié dans « Présence Mariste » n°297, octobre 2018)