Eduquer à la beauté

PM 303 logo 42x60 Il est facile et agréable d’apprendre aux enfants, très tôt, d’être sensibles à leurs alentours, de se nourrir de la beauté environnante à chaque instant. (Présence Mariste n°303, avril 2020)

Annie GIRKA

Selon un article de la revue Famille Chrétienne « Ce monde dans lequel nous vivons a besoin de beauté pour ne pas sombrer dans la désespérance. La beauté, comme la vérité, c’est ce qui met la joie au cœur des hommes, c’est ce fruit précieux qui résiste à l’usure du temps, qui unit les générations » (1).

Aucun éducateur ne saurait méconnaître ce besoin de beauté si profondément inscrit au cœur de l’homme. A l’oublier, on risque d’engendrer des matérialistes désabusés, des intellectuels au cœur sec et des croyants désincarnés.

Les bienfaits de la beauté

« J’aime ou je n’aime pas »… La beauté est gratuite. Elle ne sert à rien : elle est à la fois inutile et vitale. Elle ne s’achète pas, ne se mesure pas, elle se contemple. Elle est accessible à tous ceux qui savent la chercher car il n’est pas nécessaire de parcourir le monde pour la trouver.

Le petit enfant le sait bien car il peut s’émerveiller du moindre caillou, de la plus modeste fleur des champs. C’est pourquoi nous pouvons dire que le sens de la beauté s’éduque non pas en portant des appréciations toutes faites - « c’est beau, ce n’est pas beau » - mais en apprenant à voir, à écouter, à contempler.

Eduquer le sens de la beauté,
c’est cultiver l’attention et l’admiration. Pour des éducateurs, susciter le sens de la beauté, c’est ouvrir des chemins d’intériorité et de contemplation et permettre à des jeunes de se construire à distance des critères extérieurs de l’efficacité ou de la réussite. On peut visiter les plus beaux musées du monde et pourtant rester à côté de la beauté parce qu’on n’a pas su s’arrêter pour l’apprivoiser ou, plutôt, se laisser apprivoiser par elle. Si on regarde une œuvre d’art en passant, on dira peut-être « j’aime » ou « je n’aime pas » mais on ne saura rien de sa beauté.

Les œuvres d’art ne sont pas réservées aux adultes

Emile et Agathe à la Biennale 2017 d’art contemporain à Lyon

Les moyens de reproduction modernes offrent la possibilité de faire découvrir aux enfants d’innombrables merveilles, qu’il s’agisse de musique ou de peinture : pourquoi limiter l’univers des enfants aux images pour enfants et aux chansonnettes ? Il n’est pas question d’imposer aux enfants nos préférences en matière artistique. Il s’agit de leur donner la possibilité de former leur propre goût en leur offrant toutes les occasions possibles d’être en contact avec la beauté. L’éducation à la beauté de la nature, en classe, en est une composante naturelle et elle apporte souvent le calme en classe et la résilience dans la vie.

De plus, il est facile et agréable d’apprendre aux enfants, très tôt, d’être sensibles à leurs alentours, de se nourrir de la beauté environnante à chaque instant, quotidien, anodin, comme aller à l’école, regarder par une fenêtre, faire une activité. La beauté s’offre gratuitement et généreusement à tous ceux qui ouvrent leurs sens, même un instant. Non seulement les enfants sont capables de goûter la saveur d’une œuvre d’art ou la splendeur d’un paysage, mais ils en ont besoin. Cela les construit, les aide à grandir et leur procure une vraie joie. Et cette beauté peut les aider à croire en Dieu qui est toute beauté.

La beauté a donc de nombreux bienfaits : attirer, inspirer, ramener au cœur, créer l’harmonie, relier au divin.

(1) Message du Concile Vatican II aux artistes, 8 décembre 1965

Annie GIRKA
(Publié dans « Présence Mariste » n°303, avril 2020)