MONICA : Moi, je voudrais d’abord dire que la vie quotidienne d’un sourd est loin de pouvoir être qualifiée de silencieuse car « notre silence » est multiforme puisqu’il s’épanouit dans le langage des signes, la langue écrite, l’art, les SMS et tout cela fait du bruit dans nos cœurs et nos têtes.

ÉTIENNE : Les gens qui entendent, paradoxalement disent souvent que nous, mal entendants, on fait beaucoup de bruit quand on est ensemble. Nous, on parle avec la langue des signes et ce langage mimique est un mode de communication très particulier qu’apprend le bébé sourd dès sa naissance.
ANOUK : La surdité est invisible pour les gens de la rue, nous on est aussi intégrés dans la société pour faire comme tout le monde : marcher, lire, aller au supermarché, pratiquer un sport etc mais quand on est dans une situation d’oral, c’est compliqué, parfois les gens font un effort pour nous comprendre ou se faire comprendre mais très vite ils oublient notre cas.
ÉTIENNE : Comme vous pouvez l’imaginer, tout cela fait du bruit et des interrogations dans nos têtes et donc le silence n’existe pas. On n’est pas enfermé dans un ghetto et malgré cette barrière de l’oralité, on peut vivre comme les entendants et partager avec eux grâce aux traducteurs.
JOSEPH : En ce qui concerne notre foi, on peut aussi entendre l’appel du Seigneur pour chacun de nous, car Dieu nous parle comme à tout le monde dans le silence de nos cœurs. Isaïe n’a-t-il pas dit que les sourds entendront ?
MONICA : Oui ! dans nos têtes et nos cœurs, s’il y a un certain silence il y a aussi beaucoup de bruits. Vous, les entendants, vous tendez l’oreille pour écouter mais nous, nous écoutons par la vue et chacun de nous devient sa propre source de sons tout en étant hélas privés de la beauté musicale et autres aspects de la culture, c’est pourquoi on se regroupe dans des associations ou clubs qui travaillent dans le but d’y remédier.
Merci à nos amis sourds, et pensons à ce que disait au XVIIIe s, l’Abbé de l’Épée, créateur de la langue des signes :« Il faut faire monter par la fenêtre, ce qui ne peut entrer par la porte, donc faire passer par les yeux ce qui ne peut passer par les oreilles »

Il meurt en 1789 et en 1791, l’Assemblée Nationale l’inscrit dans la liste des bienfaiteurs de l’humanité.