Le bien commun dans l’entreprise

PM 301 c1 42x60 logo Le but d’une entreprise c’est l’édification des personnes qui la composent. Le profit n’est plus un but mais un moyen au service de la recherche de la « perfection » pour les salariés. (Présence Mariste n°301, octobre 2019)

M. Philippe Capoen est cadre dirigeant dans l’industrie, en charge d’une division composée de plusieurs sites industriels dans le monde. Il est également diacre du diocèse de Valence.

À la lumière de la Doctrine Sociale de l’Église

Philippe CAPOEN
Philippe CAPOEN

Le but d’une entreprise est de faire du profit ! Ce leitmotiv est enseigné, rabâché dans tous les cours d’économie, posant ainsi les fondements économiques et l’objectif de toute entreprise.

Au risque, une nouvelle fois, de ramer à contre-courant, l’Église enseigne une logique bien différente. La définition du bien commun telle que décrite dans le chapitre 4 de la Doctrine Sociale de l’Église (DSE), pose en effet un cadre totalement différent. Définition : le bien commun c’est l’ensemble des conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu’à chacun de leurs membres, d’atteindre leur perfection d’une façon plus totale et plus aisée.

Cette définition oblige l’entreprise vis-à-vis des hommes et des femmes qui la composent. Elle réfute en elle-même l’idée que le profit est son objectif. Le but d’une entreprise c’est l’édification des personnes qui la composent. Le profit n’est plus un but mais un moyen au service de la recherche de la « perfection » pour les salariés.
L’Église pose que l’entreprise privée soit un bien, point important au passage, et que sa vocation soit de créer de la richesse humaine. Elle est donc bien à contre-courant de la pensée commune ainsi que des pratiques de nombreuses d’entre elles qui ne sont qu’au service du profit.

À vivre au sein d’entreprises

Ayant fait toute ma carrière dans l’industrie depuis 35 ans, j’ai eu à accompagner la décroissance dramatique de l’industrie française dans 4 entreprises différentes. Comment en tant que dirigeant chrétien vivre l’enseignement de la DSE, quand la logique économique tirée par les actionnaires et les consommateurs, conduit à ne faire que de la réduction d’effectifs. Voilà une question qui m’a taraudé pendant des années. Comment aider les personnes à atteindre leur perfection quand l’emploi disparaît ? DSE shema J’ai été tenté de fuir, cherchant un monde moins exigeant plus en ligne avec mes valeurs, mais chaque fois que j’ai tenté la fuite, le Christ par différents signes plus ou moins perceptibles, plus ou moins directs, m’a rappelé à ma mission de chrétien dans le monde, chargé de vivre la Bonne Nouvelle dans un milieu peu favorable.

Le respect de la dignité de chaque personne : clé essentielle pour réaliser le bien commun

DSE livre La DES ne m’a pas donné de recette mais des repères pour accomplir ma mission. Le bien commun fait partie de ces repères. À défaut de changer le modèle économique, qui est loin d’être idéal, l’enseignement de l’Église m’a permis de vivre ma mission de dirigeant en tentant d’accompagner les personnes, en leur donnant les moyens de grandir, de rebondir, y compris dans les moments les plus difficiles comme le licenciement. Le respect de la dignité de chaque personne, fondement absolu de la DSE, sur lequel est posée notamment la définition du bien commun est une clé essentielle dans toute vie. Regarder chacun comme une personne, quelles que soient les circonstances, voilà entre autres ce qui me permet de vivre comme chrétien dans le monde.

Voilà pourquoi j’enseigne aujourd’hui la DSE, cadeau offert par l’Église au monde.

M. Philippe CAPOEN
(Publié dans « Présence Mariste » n°301, octobre 2019)