24 Le département de la Loire vu par un Frère Mariste

PM 302 C1 logo 42x59 La fondation des Frères Maristes en 1817 s’inscrit dans une région en plein développement. (Présence Mariste n°302, janvier 2020)

F. André Lanfrey

C’est à la bibliothèque de la Part-Dieu que je suis tombé sur une Monographie des Communes de l’arrondissement de Saint-Étienne publiée vers 1901 par un mystérieux « F. M.D. », et contenant plusieurs photos des lieux maristes et une biographie succincte de M. Champagnat. Après quelques recherches j’ai trouvé l’auteur : François Dubois, - en religion F. Maxime -né à Chazelles-sur-Lyon en 1854 et décédé en 1936 à Charlieu après un parcours bien rempli comme chef d’établissement à Charlieu, Lyon, Lagny (Seine-et-Marne).

Un regard encyclopédique

Monographie Titre

Son ouvrage est un bon exemple de l’esprit encyclopédique des enseignants de l’époque, en général plus portés à la compilation qu’à la synthèse. Relevant un peu de l’annuaire et du guide touristique, il traite d’histoire, géologie, géographie, économie, biographies…Deux autres livres du même auteur, qui traitent des arrondissements de Montbrison et Roanne, sont dans le même esprit.

Nous avons droit tout d’abord à une géographie du département et à un long exposé sur sa géologie qui introduit à l’histoire des mines et de l’industrie. Suit une longue liste de « Foréziens célèbres » dont Marcellin Champagnat. Enfin, sont présentés succinctement l’histoire et les monuments remarquables de chacun des quatre-vingts villes, bourgs et villages de l’arrondissement. Riche d’une cinquantaine de photos, l’ouvrage, – grave lacune – ne contient aucune carte.

Nous apprenons donc que la Loire, avec une superficie de 475.962 ha (4.760 km2) est l’un des plus petits départements français. Sa plus grande longueur et de 125 km, sa largeur maximale de 70, son périmètre de 420 km. La Loire le parcourt sur une centaine de km et reçoit de nombreux affluents : l’Ondaine, le Furan, la Coise, le Rhins… Ses principales montagnes sont les Monts du Forez (1640 m) et du Pilat (1434 m)… En 1901 la population s’élève à 643.338 habitants. Elle a doublé depuis 1801. Les plaines de Roanne et du Forez sont riches en produits agricoles contrairement à la région de St Etienne, plus industrielle et plus montagneuse. L’élevage (154.000 bœufs et vaches…110.000 chevaux et mulets) est prospère. On a même la statistique des 340.000 volailles et des 47.500 chiens !

Une importance donnée à l’industrie minière

Teinturerie Gillet, Izieux, à 1 km de l’Hermitage

L’ouvrage est très détaillé sur l’histoire de l’extraction du charbon dès le Moyen-âge, d’abord de manière très artisanale, par exploitation en carrières, puis par galeries (les « fendues ») permettant une meilleure évacuation des eaux. Mais, jusqu’à XIXe siècle, l’exploitation reste anarchique et les mines, souvent inondées, sont fréquemment abandonnées. L’éclairage des mines à la lampe à huile est dangereux à cause du grisou ; et un mineur, nommé « le pénitent » parce qu’il porte un capuchon de toile mouillée et une flamme au bout d’une longue perche, vérifie qu’il n’y a pas d’accumulation de gaz. En cas d’explosion il peut y laisser la vie. Et puis, le transport par des convois de mulets, est coûteux. Néanmoins en 1787 les mines de Rive-de-Gier livrent déjà 127 000 tonnes de charbon grâce à un canal de Rive-de Gier à Givors. La région de St Etienne exporte son charbon par des bateaux qui descendent la Loire.

La fondation s’inscrit dans le dynamisme de la région

Villlage de Rochetaillée

Champagnat fonde les Frères Maristes (1817) au moment où, dans la région de Saint-Étienne, l’exploitation minière se rationalise. En 1810, l’État a réparti le terrain minier en concessions soumises à son autorisation ; en 1826, il y en aura 56 de Firminy à Rive-de-Gier. L’école des Mines est créée en 1816. La lampe Davy introduite en 1817 et rendue obligatoire en 1824, permet de supprimer la dangereuse méthode du pénitent. Les machines à vapeur capables de pomper l’eau des mines et de remonter le charbon à la surface se multiplient. En même temps, de grandes usines métallurgiques exploitent le minerai de fer local, et disposent d’un charbon abondant et bon marché. Pour en évacuer les centaines de milliers de tonnes et les produits divers de l’industrie, à partir de 1828 fonctionne un chemin de fer (à traction animale d’abord) de 18 km, de Saint-Étienne à Andrézieux, sur la Loire, où les produits sont chargés sur des bateaux. En 1833 est ouverte la ligne Andrézieux-Roanne longue de 82 km, la traction se faisant par gravité, traction animale, locomotive ou même par machine à vapeur fixe actionnant un câble. Surtout, à partir de 1833 fonctionne un chemin de fer Saint-Étienne-Lyon long de 55 km intégrant un service de voyageurs. Ces activités attirent une abondante population ouvrière : Saint-Étienne passe de 26.000 habitants en 1809, à 57.000 en 1836. Les communes alentour connaissent une croissance semblable et d’autres se créent à partir d’une usine, comme Terrenoire qui devient commune en 1866.

Cette histoire industrielle n’est pas sans crises et conflits. Comme l’exploitation des mines est extrêmement coûteuse, de 1837 à 1845 les diverses compagnies minières du bassin de la Loire fusionnent en Compagnie des mines de la Loire. Mais les pouvoirs publics et les ouvriers (grèves de 1840, 1844…) luttent contre ce monopole. Et en 1854, la compagnie est divisée en quatre entités. En 1860, le bassin de la Loire livrera près de 2,4 millions de tonnes de charbon. Depuis 1857 ses chemins de fer appartiennent à la compagnie du P.L.M. (Ligne Paris-Lyon-Marseille).

On fabriquait des clous… comme à La Valla

Grande église à St-Etienne

Le F. Maxime ne mentionne pas que certaines des compagnies industrielles, soucieuses d’attirer et stabiliser la main d’œuvre, construisent logements, écoles et même église. Les Frères Maristes feront donc l’école au cœur du bassin industriel : dès 1832 à Terrenoire ; à Lorette, entre Saint-Chamond et Rive-de-Gier, à partir de 1834 ; en 1837 à Firminy. De toute façon, leur maison-mère de L’Hermitage, située le long du Gier près de Saint-Chamond, se trouve dès son origine en pleine zone industrielle. Si l’activité minière est relativement réduite à Saint-Chamond, la métallurgie et la rubanerie y sont actives : en 1788 la clouterie nourrissait déjà 10.000 habitants de la ville et des alentours. Au XIXe siècle, la métallurgie lourde, la chimie, les fabriques de lacets…s’y développeront considérablement. Pour qui vient à L’Hermitage aujourd’hui, les traces de cette activité industrielle sont encore fort visibles. Et la monographie du F. Maxime Dubois a l’avantage de nous rappeler un fait important : l’œuvre de Champagnat s’est développée au sein d’une des plus dynamiques régions industrielles de France de son époque.

F. André LANFREY
(Publié dans « Présence Mariste » n°302, janvier 2020)