Violences : chemin vers la spiritualité ?

PM 302 C1 logo 42x59 Quête du pouvoir absolu, quête de la domination…La violence serait-elle un chemin ouvert sur son propre dépassement ? (Présence Mariste n°302, janvier 2020)

Dans notre monde la violence s’insinue partout. Violences sociales, économiques, politiques. Plus proches de nous, les violences familiales, conjugales. Elles nous renvoient à ces violences au cœur de chacun, et qui traversent nos vies personnelles. Cette violence est souvent le signe de quêtes particulières à la recherche de quelque chose de supérieur qui permettrait le dépassement, la sacralisation. Quête du pouvoir absolu, quête de la domination…La violence serait-elle un chemin ouvert sur son propre dépassement ?
Un monde troublé
F. Maurice Goutagny
F. Maurice Goutagny

On a vu dans les médias récents la photo tragique de l’histoire de la fille au napalm. Jeune fille courant sur une route, brûlée dans sa course vers la liberté. Elle a raconté comment toute sa vie, elle a porté cet événement dans sa chair. Elle a pu déboucher sur une libération intérieure et l’intégration de sa propre histoire.
Elle découvre l’Évangile qui lui permet de surmonter la haine et la souffrance. « Je ne peux pas changer le passé, mais avec de l’amour je peux changer l’avenir » Dans son livre, elle parle de foi, de sa propre foi, de la façon dont elle a libéré son cœur. Devenue mère de 2 enfants, elle devient ambassadrice de bonne volonté de l’Unesco, pour promouvoir la paix dans le monde. « Je suis fière de cette photo. Et je considère que c’est un cadeau puissant pour moi à utiliser en faveur de la paix. Je peux dire aux gens combien la vie peut être belle si chacun peut faire en sorte de vivre avec amour, espoir et pardon ».

Dépasser la violence
Dans le cœur de l'homme brille une étincelle
Dans le cœur de l’homme brille une étincelle

Kim Phuc poursuit son chemin de femme, qui est chemin de spiritualité dans un dépassement de la violence. Nous pensons à l’exemple de l’apôtre saint Paul. Jeune rempli de fougue pour vivre sa foi de pharisien juif. C’est bien son zèle pour la Loi qui le fait entrer en hostilité violente contre les disciples de Jésus et contre l’Église. Il est témoin actif du massacre d’Étienne. Nous savons comment le persécuteur est renversé de son cheval dans un événement qui n’a rien de doux et tendre. C’est l’irruption de Jésus, fracassante et discrète. Ses yeux de chair se ferment pour s’ouvrir devant celui qu’il combattait : Il tombe à terre, aveuglé par la lumière de Dieu : « Je suis Jésus que tu persécutes". Ouverture d’un chemin lumineux et non violent. « J’ai été saisi moi-même par le Christ Jésus…", le Prince de la paix. (Ph 3, 12).

S’ouvrir à l’amour

Il y a des vies où la violence se manifeste plus sournoisement, mais où il reste possible de se frayer un chemin de spiritualité. Le récit d’Éric-Emmanuel Schmitt est significatif. Plutôt soumis à des violences intérieures, confronté aux idées reçues et ne les supportant pas, il est sujet à la colère.

Au loin découvrir le paysage spirituel de mon cœur
Au loin découvrir le paysage spirituel de mon cœur

Éric Emmanuel est une personnalité fougueuse. Son choix de faire une expérience du désert est clair. Comme un besoin de se mettre en danger. Dans le désert, il « doit se taire, endurer la chaleur, marcher malgré la douleur, avancer jusqu’au prochain point d’eau… » Lors d’une nuit dans le Sahara, il a été « incendié » par la foi et « pénétré » par une force « tellement plus forte » que lui. Dans le Hoggar, il acquiert la certitude de la présence de Dieu. Plus tard, « J’ai lu les quatre Évangiles en une nuit, et là, ça a été de nouveau une immense émotion ? : c’est-à-dire que cette mise en avant de l’amour, cette promotion de l’amour comme valeur principale m’a bouleversé. »

F. Maurice GOUTAGNY
(Publié dans « Présence Mariste » n°302, janvier 2020)