Une vision chrétienne de l’avenir

PM 298 logo Pour Teilhard de Chardin, l’histoire de l’univers est une montée de la complexité et de la conscience. Cette adaptation croissante atteste la montée d’un psychisme, jusqu’à la conscience elle-même. (Présence Mariste n°298, janvier 2019)

Nous portons la joie d’un avenir plein de promesse !
Naïveté ? Ou confiance en la Résurrection ?
Notre foi de Chrétiens place le Christ comme le fondement et le moteur de ce bien qui nous anime.
Teilhard de Chardin explique cette transcendance, et le rôle irremplaçable des hommes dans cette marche vers le bien.
MUSÉE DES CONFLUENCES
Michel Duchamp
Michel Duchamp

Les visiteurs du Musée des Confluences de Lyon sont forcément interpellés par  « le Buisson » , placé au centre de l’exposition permanente « Espèces, la maille du vivant ».
« Représenter l’arbre du vivant comme un buisson sphérique porte un message : de même qu’il n’y a aucun point privilégié à la surface d’une sphère, il n’y a aucun rameau particulier ou privilégié dans ce buisson du vivant »
(Pierre Thomas, géologue à l’ENS de Lyon et concepteur de la sculpture).

Cette représentation ne place donc plus l’homme au-dessus de toutes les espèces, comme ça a été longtemps le cas.
On est bien loin de la conception ancienne d’un monde figé au bout de six jours, et de l’homme créé de toute pièce dans la nature, chargé de la faire croître et fructifier…

TEILHARD DE CHARDIN
Le Buisson - Musée des Confluences - Lyon (69)
Le Buisson - Musée des Confluences - Lyon (69)

Nos croyances chrétiennes nous situent sur un autre plan… Celui d’une présence divine dans cette longue évolution… C’est dans ce cadre que la pensée de Teilhard de Chardin situe l’humanité et son avenir…

« L’acte créateur ne s’intercale pas dans la chaîne des antécédents. Il se pose sur l’univers pris dans toute son extension et toute sa durée… Dieu n’a pas voulu isolément le soleil, la terre, les plantes, l’homme. Il a voulu son Christ - et pour avoir son Christ, il dû créer le monde spirituel, les hommes notamment, sur qui germerait le Christ - et pour avoir l’homme, il a dû lancer l’énorme mouvement de la vie organique qui est un organe essentiel du monde - et, afin que celle-ci naquît, il a fallu l’agitation cosmique toute entière ».

Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955). Prêtre catholique, Jésuite, géologue et paléontologue
Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955). Prêtre catholique, Jésuite, géologue et paléontologue

Pour Teilhard de Chardin, l’histoire de l’univers est une montée de la complexité et de la conscience. Peu à peu, apparaissent des formes de vie de plus en plus complexes et de plus en plus autonomes par rapport à leur milieu… Cette adaptation croissante atteste la montée d’un psychisme, jusqu’à la conscience elle-même.

Cette montée de la complexité et de la conscience se fait par seuils, au-delà desquels apparaissent des données nouvelles qui n’existaient pas dans l’état précédent.
« Il semble … que la substance cosmique soit portée par une sorte d’attraction particulière qui lui fait à chaque instant saisir de préférence, dans le jeu des grands nombres où elle se trouve engagée, toutes les occasions de devenir plus complexe, et ainsi de se libérer davantage »
(L’Avenir de l’Homme).

C’est ainsi qu’apparaissent la vie, née d’une complexification croissante des assemblages de molécules organiques, et beaucoup plus tard, la conscience.

LA « NOOSPHÈRE »

La situation actuelle de l’humanité semble montrer que nous sommes au seuil d’un nouveau pas.
« Maintenant, du pôle Nord au pôle Sud, il y a des hommes partout, des hommes qui se multiplient de plus en plus vite. Ils ne peuvent plus, comme autrefois, se répandre dans les espaces vides de la Terre. Si bien que, pour survivre, ils n’ont plus qu’une solution : s’organiser »
. S’organiser, c’est collectiviser, se mettre en commun, se fondre avec les autres…

La Noosphère selon Pierre Theillard de Chardin
La Noosphère selon Pierre Theillard de Chardin

C’est l’évolution qui continue, non pas seulement pour l’homme individuellement, mais aussi pour les hommes en tant qu’humanité… Dans le cadre de cette planétisation, on pourrait dire aujourd’hui de cette mondialisation, l’interconnexion des consciences constitue une couche pensante, la Noosphère…

Mais tout n’est pas gagné ! Pour que ce pas de la co-réflexion soit franchi, il faut que les hommes agissent « sous l’influence d’une sorte de »gravitation« interne, qu’il soit attiré vers le haut, par le dedans ». Et Teilhard appelle amour cette attraction interne des hommes entre eux vers cette conscience universelle… L’aboutissement, c’est le point oméga, qui est le Christ cosmique.

NOUS SOMMES LES MAINS DE DIEU

Mais Teilhard est tout, sauf un optimisme béat ! Tout n’est pas gagné, car les hommes sont libres, et ils peuvent de ce fait faire des choix qui ne vont pas dans le sens de l’amour, dans le sens de l’accomplissement du point oméga… Il a connu les deux guerres mondiales, la première de l’intérieur, la seconde avec toute sa puissance d’analyse ! Il a perçu l’arrogance de l’argent, vécu la crise de 29 et suivi la montée des totalitarismes…

Mais il a toujours eu gravée en lui cette maxime de ses débuts : « l’avenir est plus beau que tous les passés » !
Pourquoi ? Parce qu’il a confiance en l’homme… « L’Homme (est), non pas centre statique du Monde, - comme il s’est cru longtemps - mais axe et flèche de l’Évolution… » (Phénomène Humain). Dieu n’a pas de mains ; nous sommes les mains de Dieu. « Il nous attend à chaque instant dans l’action, dans l’œuvre du moment. Il est en quelque sorte au bout de ma plume, de mon pic, de mon pinceau, de mon aiguille, de mon cœur, de ma pensée. C’est en poussant jusqu’au dernier fini naturel le trait, le coup, le point, auquel je suis occupé que je saisirai le But dernier auquel tend mon vouloir profond ».

Par l'écriture, « il est en quelque sorte au bout de ma plume, de mon pic, de mon pinceau, de mon aiguille, de mon cœur, de ma pensée … »
Par l’écriture, « il est en quelque sorte au bout de ma plume, de mon pic, de mon pinceau, de mon aiguille, de mon cœur, de ma pensée … »

C’est ainsi que le chrétien est un optimiste… Croire en Dieu, c’est aussi croire en Dieu fait homme, c’est aussi croire en l’homme ! Mais cet optimisme ne saurait se limiter à une attitude mentale ! On est bien loin du « tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles » de Leibnitz, vilipendé dans le Candide de Voltaire. L’optimisme du chrétien est fait de prises de positions, de recherche de solutions et d’engagements concrets… Dans la vraie joie, celle de faire des projets, de lutter pour les réaliser, et de participer ainsi à la création d’un monde meilleur…

Michel Duchamp
(Publié dans « Présence Mariste » n°298, janvier 2019)