Eglise et écologie

Article de Mgr Stenger membre de la commission épiscopale pour la Mission universelle de l’Eglise (Publié dans « Présence Mariste » n°276, juillet 2013)

Mgr Marc STENGER est membre de la Commission épiscopale pour la Mission universelle de l’Église.
Mgr Marc Stenger
© Evéché de Troyes

On a souvent reproché à l’Église de ne pas se préoccuper d’environnement. On va quelquefois jusqu’à considérer ce peu d’empressement comme la manifestation d’une doctrine, toute entière centrée sur l’affirmation de la supériorité de l’homme, ayant la nature à son entière disposition par la volonté du Créateur. On se trompe alors sur le récit de la création, dans le livre de la Genèse, et en particulier du verset 1,28 : « Dieu les bénit et leur dit : Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez la ». Ce verset doit être croisé avec un autre passage : « Le Seigneur Dieu prit l’homme et l’établit dans le jardin d’Éden pour cultiver le sol et le garder » (Gn 2, 15), c’est-à-dire pour être un gérant fidèle et avisé, plein de respect et d’amour pour la création, et non pas un « exploiteur » et un « destructeur sans aucun »ménagement" de la nature.

Revoir nos modes de vie

Mais c’est se tromper aussi sur l’engagement de l’Église dans les questions d’environnement et le développement durable. Les papes successifs de Paul VI jusqu’à François ont clairement montré le chemin, en rappelant que la volonté du Créateur est que l’homme soit en parfaite communion avec la nature. En France, l’Église a réagi avec un certain retard. Les problèmes économiques et sociaux ont longtemps occupé chez elle le devant de la scène. Mais depuis un certain temps déjà, des mouvements catholiques comme Pax Christi ont cherché à sensibiliser les chrétiens à la nécessité de changer de modes de vie.

La perception chrétienne de l’homme est que la relation avec le monde est un élément constitutif de l’identité humaine. L’homme se définit fondamentalement dans son rapport avec Dieu, mais ce rapport s’épanouit dans la relation qu’il a avec la création : les hommes ainsi que la nature au sein de laquelle il trouve sa place. Pour l’Église donc la nature ne doit pas seulement représenter un ensemble de choses, mais aussi « un ensemble de significations » qui permettent à l’homme de mieux se comprendre et de mieux percevoir sa vocation dans le monde.

Deux erreurs à éviter pour nous, chrétiens

D’une part réduire la nature à un pur objet de manipulation et d’exploitation, avec pour corollaire l’angoisse, quand on s’aperçoit qu’on a trop puisé dans les ressources qui nous sont offertes. D’autre part absolutiser cette nature et lui donner une dignité plus grande que l’homme, considérant l’homme comme son ennemi le plus caractérisé. Toute chose doit trouver sa place dans un rapport d’amour et d’intelligence entre l’homme et la nature, dans l’adoption d’un « style de vie », « dans lequel les éléments qui déterminent les choix de consommation, d’épargne et d’investissement soient la recherche du vrai, du beau et du bon, ainsi que la communion avec les autres hommes, pour une croissance commune » (Jean-Paul II). Cette recherche ne doit pas seulement viser à diminuer « l’empreinte écologique » que l’homme laisse dans la nature, mais avoir pour perspective le bien de tous, à commencer par ceux qui n’ont pas accès aux biens, les pauvres.

L’écologie est donc bien une question de comportement global de l’homme vis à vis de la nature, de l’homme et de Dieu. L’Église peut et doit parler concrètement à ce sujet, mais elle doit aussi agir et donner l’exemple. Les premières déclarations et les premiers gestes du pape François nous entraînent déjà sur ce chemin.

Mgr Marc STENGER, Évêque de Troyes
(Publié dans « Présence Mariste » n°276, juillet 2013)

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