Tous appelés à la sainteté !

PM 298 logo Dieu, source de sainteté, communique sa sainteté aux hommes. Encore faut-il en être digne et être réceptif. (Présence Mariste n°299, avril 2019)

Bernard Faurie
Bernard Faurie

Pour beaucoup d’entre nous les saints et les saintes sont des hommes et des femmes qui ont atteint la perfection… et qui font des miracles ! L’Église n’en exige-t-elle pas, généralement, pour une « canonisation » ? Voilà donc qui mérite un retour aux sources.

Dieu seul est Saint

Qui le dit ? Dieu lui-même : « Je suis Saint, moi le Seigneur » (Lv 19, 2). Seul Dieu est l’Être parfait. À l’époque où l’on croyait en l’existence de plusieurs dieux et déesses, les écrivains bibliques affirment : « Le Seigneur est Dieu, il n’y en a pas d’autre » (Dt 4, 39). En lui réside toute sainteté : « Qui est comme toi éclatant de sainteté » (Ex 15, 11). Il est le trois fois saint du « Sanctus » de nos liturgies eucharistiques : « Saint, saint, saint, le Seigneur de l’univers, sa gloire remplit toute la terre » (Is 6, 3).

On pourrait s’étonner que Dieu ne révèle pas d’abord sa sainteté, par et dans des personnages, nominalement s’entend. On ne dit jamais saint Abraham ou saint Moïse. Et pourtant Abraham comme Moïse reçoivent leur vocation de Dieu lui-même. C’est avec Abraham que Dieu fait alliance lui promettant une terre et une descendance. Moïse est proche de Dieu : « Le Seigneur parlait à Moïse face à face, comme on se parle d’homme à homme » (Nb 12, 8).

Dieu dit à Moïse : « Retire tes sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est saint. » (Ex. 3, 5) (Tableau de Domenico Fetti)
Dieu dit à Moïse : « Retire tes sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est saint. » (Ex. 3, 5) (Tableau de Domenico Fetti)

Dieu révèle sa sainteté en Abraham ou en Moïse même s’ils ne sont pas appelés « saints ». En revanche, Dieu manifeste sa sainteté, de bien d’autres manières. Tout lieu où Dieu se manifeste est une « terre sainte ». Apparaissant à Moïse sur la montagne Dieu lui dit : « Retire tes sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est saint » (Ex 3, 5). Josué pénétrant en Canaan doit obtempérer à la même consigne (Jos 15, 5). La Palestine n’est-elle pas devenue pour nous la « terre sainte » ?

De partout le « peuple saint » monte en pèlerinage vers la « Montagne sainte » où est bâtie la « Ville sainte », Jérusalem, puis il s’avance vers la « Demeure sainte », et sur les parvis de ce « Temple saint » les fidèles chantent des cantiques et des psaumes de louange, de pénitence et de supplication. Là on écoute la « Parole sainte » et la lecture des « Saintes Écritures » lues dans les « Livres saints ». Les prêtres entrent dans le Temple, pour y offrir de « saints sacrifices » sur l’autel des holocaustes, puis dans le « Saint » pour y faire brûler l’encens sur l’autel des parfums. Enfin le grand prêtre pénètre, mais une fois l’an seulement, dans le « Saint des saints » où se trouve « l’Arche sainte ».

Dieu est source de toute sainteté

Dieu, source de sainteté (2M 14, 36), communique sa sainteté aux hommes. Encore faut-il en être digne et être réceptif. Même Moïse et Aaron ont failli sur ce point et pour cela ne pourront entrer dans la terre promise : « Puisqu’en ne croyant pas en moi, vous n’avez pas manifesté ma sainteté, vous ne mènerez pas cette assemblée dans le pays que je vous donne » (Nb 20, 12).

Dieu est entouré d’une cour céleste, d’un conseil de saints, les anges. « Que les cieux célèbrent cette merveille, Seigneur ! Et ta loyauté dans l’assemblée des saints… Dans le conseil des saints, le Seigneur est grandement redoutable » (Ps 88, 6-8).
Le prophète Zacharie annonce qu’à la fin des temps : « Ce jour-là, Dieu arrivera accompagné de tous ses saints » (Za 14, 5).
Les évangélistes Matthieu, Marc et Luc s’en souviennent, qui nous disent que « le Fils de l’homme reviendra dans sa gloire et celle du Père avec tous les saints anges » (Lc 9, 26).
Et Saint Paul dans sa première lettre aux chrétiens de Thessalonique : Que le Seigneur “affermisse votre cœur dans une sainteté irréprochable devant Dieu notre Père lors de la venue de notre Seigneur Jésus avec tous ses saints" (1 Th 3, 13).

Icône du Christ entouré de la Vierge Marie et de la Vierge de Tikhvine, surmontant une assemblée de Saints. (Tempera sur bois. Travail russe du XIXe siècle)
Icône du Christ entouré de la Vierge Marie et de la Vierge de Tikhvine, surmontant une assemblée de Saints. (Tempera sur bois. Travail russe du XIXe siècle)

Les hommes élus de Dieu sont reconnus « saints » : le prêtre « sera saint pour toi, car je suis saint, moi le Seigneur qui vous sanctifie » (Lv 21, 8) et « surtout les prophètes, que le Seigneur choisit et qu’il inspire » (Nb 16, 7). La sainteté implique donc une séparation. Le Saint est consacré au Seigneur. Dans le désert on a « jalousé Moïse, et Aaron l’homme consacré au Seigneur » (Ps 105, 16).

C’est le livre du Siracide qui dit que « le Seigneur a donné à Moïse une gloire semblable à celle des saints » (Si 45, 2).
L’un de ses amis pousse Job dans ses retranchements sur l’origine du mal : "Fais donc appel ! Existe-t-il quelqu’un pour te répondre ? Auquel des saints t’en prendras-tu ?“ (Job 5, 1).
Dans le livre de Daniel on voit deux saints en dialogue : “J’entendis alors un saint parler. Et un saint dit à celui qui parlait“ (Dn 8, 13).

Où l’on voit que le mot « saint » n’est pas une dénomination absolue. C’est une qualification attribuée d’abord à des objets, puis à des hommes consacrés à Dieu. Dans les évangiles, c’est le roi Hérode Antipas qui reconnaît en Jean le baptiste un prophète (Mt 14, 5) et le considère comme « un homme juste et saint » (Mc 6, 20). Ce n’est que progressivement que la sainteté sera intériorisée dans des individus élus et consacrés, manifestant ainsi que la sainteté individuelle est participation à la sainteté de Dieu.

Baptême de Jésus (Verrochio, aux Offices - Italie)
Baptême de Jésus (Verrochio, aux Offices - Italie)

Il n’y a dans notre Nouveau Testament qu’un seul « Saint », Jésus. Il est comme tel annoncé par l’ange Gabriel : “Celui qui va naître sera saint et sera appelé Fils de Dieu“ (Lc 1, 35). Même Satan le reconnaît : “Jésus de Nazareth ? Je sais qui tu es : le Saint de Dieu“ (Mc 1, 24) et Simon-Pierre : “Nous avons cru et nous avons connu que tu es le Saint de Dieu“ (Jn 6, 69).

Baptisés dans l’Esprit-Saint (Mc 1, 7), devenus participants de la nature divine, nous sommes appelés à être “parfaits comme le Père céleste est parfait“ (Mt 5, 48). “Oui, ce que Dieu veut, c’est votre sanctification“ dit Paul aux Thessaloniciens (1Th 4, 3). Nous sommes tous appelés à la sainteté nous a redit le concile Vatican II en rappelant encore saint Paul écrivant aux chrétiens de Colosses : “Puisque vous êtes élus, sanctifiés, aimés de Dieu, revêtez donc des sentiments de compassion, de bienveillance, de douceur, de patience, pardonnez-vous mutuellement, comme le Seigneur vous a pardonné et par-dessus tout revêtez l’amour" (3, 12-13).

Bernard FAURIE
(Publié dans « Présence Mariste » n°299, avril 2019)