PM 305

Le sport, la fête, le spectacle, la guerre

F André Lanfrey

Mon dictionnaire étymologique dit que le mot « sport vient du vieux verbe français « se déporter » signifiant « s’amuser », qui a donné le nom « déport » (fête, jeu) puis « sport ». Il n’est pas étonnant que ce mot anglais se soit imposé car, en Grande-Bretagne, on a cultivé plus longtemps qu’ailleurs la culture aristocratique, à la fois policée et guerrière, particulièrement dans les « public schools » comme Eton ou Rugby, d’où sont sortis bien des sports qui n’étaient au début que des jeux brutaux d’origine populaire. Le sport est à la fois l’acceptation et la limitation de la violence par des règles et un « esprit sportif ».

En France, la tradition éducative aristocratique portée par le collège jésuite me semble avoir été plus cérébrale et plus réservée envers la violence physique, même si les milieux favorisés cultivaient aussi des activités physiques telles que l’escrime, l’équitation, la danse, la chasse, la paume, ancêtre du tennis… C’était l’idéal de « l’honnête homme » à l’esprit cultivé, au corps vigoureux et à l’âme saine. Les classes populaires, astreintes à de durs travaux physiques n’avaient ni le besoin ni le temps d’exercices corporels. Pour elles la fête, le plus souvent religieuse, était l’occasion de cérémonies et de processions, mais aussi de jeux exigeant force ou adresse comme les boules, le tir à l’arc, les quilles, la danse… La compétition y était très présente mais la codification de ces activités assez faible. Les curés ont déploré que les fêtes religieuses se terminent en « batteries, blasphèmes et impudicités ».

Dans les écoles populaires, les pédagogues avaient aussi fort à faire pour que les jeux qu’ils autorisaient dans les cours de récréations ne dégénèrent pas en bagarres. Nous sommes donc les héritiers d’un genre de vie aristocratique qui a peu à peu influencé la culture populaire sous la pression des autorités religieuses et civiles ainsi que des pédagogues.

Cours de gymnastique

L’instauration des patronages, paroissiaux ou laïques à la fin du XIXe siècle a largement contribué à cette civilisation des loisirs adolescents pacifiés, souvent à l’origine des sociétés de gymnastique et des clubs de football, de basket, de rugby actuel. Une autre voie pour l’émergence du sport a été la transformation des armées, dressant des masses de soldats au maniement d’armes complexes et aux évolutions en ordre serré. D’où l’émergence de la gymnastique et des défilés et spectacles du stade, particulièrement cultivés par les régimes autoritaires. Même le scoutisme de Baden Powel relève de la culture guerrière, ce qui a suscité assez souvent la méfiance des pédagogues.

Actuellement l’action gouvernementale et l’enrichissement de la société ont permis l’accès à toutes sortes de sports. Les gymnases sont devenus une composante normale de l’équipement scolaire. Mais certains sports (tennis, équitation…) restent des marqueurs sociaux forts. Surtout, le sport est devenu un marché gigantesque et un enjeu politique entre États. A contrario il est un moyen d’ascension sociale et un modèle : le sportif talentueux devient un héros.

F. André Lanfrey
Boy scouts à Gênes 1916-45
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