Témoignages de retraités

Les retraités de notre génération ont largement vécu l’évolution concernant la place de la retraite. - Au service des autres : témoignage d’un laïc - De la Pastorale aux soins palliatifs : témoignage d’une laïque - Vers de nouveaux horizons : témoignage d’une Frère. (« Présence Mariste » n°238, janvier 2004)

Témoignage d’un laïc

Les retraités de notre génération ont largement vécu l’évolution concernant la place de la retraite. Savons-nous apprécier et utiliser ce nouveau mode de vie ?

Un temps de rupture

René fête les 101 ans d'une résidente

Pour ce qui me concerne, j’étais professeur dans un lycée public. Mon temps de passage à la retraite a été rempli d’appréhension : quitter une activité auprès des jeunes au bout de 38 ans, c’est une véritable rupture. Du jour au lendemain, nous avons une sensation de ne plus servir à rien, de ne plus exister. J’ai arrêté à la fin d’un premier trimestre, cela a été encore plus douloureux ; j’ai eu quelques insomnies les premiers jours. Peu à peu, j’ai réussi à me séparer de tous les documents construits : travail évolutif de toute une carrière !

Après cette rupture, il faut obligatoirement vivre autrement, continuer à consacrer du temps à sa famille, mais il y a nécessité de s’ouvrir davantage vers l’extérieur. Jeunes retraités, cette recherche d’ouverture est ressentie et nous sommes sollicités par différentes associations. A nous de choisir les orientations et les projets bien définis.

Il faut choisir

Habitant dans un petit village, j’adhère activement à une association culturelle qui a pour but de faire connaître le patrimoine de notre commune en organisant une manifestation annuelle très connue dans notre région. Cette participation me permet de vivre des temps de rencontre et de convivialité, avec une large ouverture vers l’extérieur.

J’ai adhéré à une association qui avait pour projet de réaliser une réinsertion sociale et éventuellement professionnelle quand cela est possible, auprès de jeunes mères célibataires et autres jeunes en difficulté, mal intégrés dans notre société. Notre présence est importante pour apporter un soutien à ces blessés de la vie, ils ont beaucoup à découvrir. Ce n’est pas facile, nous sommes parfois déçus.

J’ai été appelé à prendre une responsabilité administrative dans une association qui gère deux résidences de personnes âgées. A une époque où l’espérance de vie croît chaque année, cela me paraissait intéressant. La dépendance croissante d’un grand nombre de personnes âgées est une réalité de plus en plus lourde à assumer ; nous sommes tous concernes.

Dernièrement, le curé de notre paroisse m’a demandé de bien vouloir accepter des responsabilités. Pendant toute mon activité professionnelle, je reconnais ne pas avoir donné beaucoup dans ce domaine, sauf pour des actions ponctuelles. En accord avec ma foi, je me devais de participer davantage à la vie de notre Eglise.

Avec mon épouse, nous appartenons à la grande Famille Mariste et en particulier auprès des Frères Maristes. Depuis ma retraite, j’ai répondu davantage aux différents appels de la mission mariste.

Je suis également en lien avec diverses associations.

Avant tout une manière d’être

Dans sa solitude naturelle, l’homme fait ses choix, il vit ses difficultés. Une écoute, une main tendue, un accueil, un réconfort ; que ce soit spontané ou organisé ; si petite soit-elle, cette action contribue à atténuer les souffrances de nos frères. Notre foi nous engage dans cette démarche avec nos qualités et nos défauts, mais il est essentiel de rester créatifs dans tous les domaines.

Restons humbles, mais, si nous semons, nous récoltons toujours un peu ; malgré la sécheresse, le gel, les inondations, les incendies… Ce n’est peut-être pas ce que nous faisons qui est important, mais certainement notre façon d’être, notre présence.

René DEFRANCE


De la Pastorale aux soins palliatifs
témoignage d’une laïque

J’ai connu Brigitte ESTEBAN en 2000, lors de la préparation du Jubilé des Collégiens pour le Diocèse de TOULOUSE.
Brigitte est originaire du Maine-et-Loire et s’est mariée, en 1977, avec un Toulousain.
Elle a bien voulu répondre à quelques questions.

Que faisais-tu avant la retraite ?

Brigitte avec des enfants de St Nicolas

J’ai été infirmière pendant 10 ans à Angers et je participais à l’Action Catholique en milieu hospitalier. Depuis 26 ans je vis à Toulouse. Au début, je n’ai pas trouvé de travail. Comme nous avons eu deux enfants : Frédéric, Claire, et qu’ils ont été scolarisés à l’Ecole St Nicolas, j’ai commencé à animer un groupe de « caté ».

En 1987, une Religieuse m’a demandé si je voulais être animatrice en catéchèse. Pour moi, c’était un « appel » du Seigneur. Il m’a toujours attendue au virage, si je puis dire. J’ai surtout fait de la catéchèse au Primaire, puisqu’à l’époque peu de choses étaient organisées au Collège.

En 1989, second « appel » : le Directeur m’invitait à faire une formation d’études religieuses et pastorales.

A partir de septembre 1991, j’ai été nommée responsable de la Pastorale à St Nicolas, de la maternelle aux 3es avec une Lettre de Mission, en tant que salariée. J’ai toujours gardé à l’esprit trois éléments essentiels pour moi :

  • Proposer la foi, par la catéchèse
  • Intégrer les différentes cultures, grâce au fait religieux
  • Partager les valeurs humaines et spirituelles à partir du thème d’année.

J’ai eu la chance d’avoir de nombreux « guides spirituels » et de toujours travailler en équipe.

Et depuis que tu es en retraite, que fais-tu ?

Depuis juin 2002, je fais du bénévolat : catéchèse en paroisse et présence à l’Association des Soins Palliatifs (Association non confessionnelle) pour laquelle j’ai suivi une formation d’un an, au rythme d’une rencontre par mois, pendant deux heures : formation psychologique, éthique et biologique.

Cette année, j’accompagne deux personnes âgées respectivement de 90 et 92 ans dans une maison de retraite. C’est un rôle d’écoute, de partage et de parole par rapport au sens de la vieillesse, de la souffrance… Les soins palliatifs correspondent à l’accompagnement de personnes en fin de vie. Je peux dire ma FOI, mais je n’ai pas à faire du prosélytisme ! J’y suis tous les lundis après-midi. Je constate l’importance de la fidélité : nous donnons, mais nous recevons autant !

Une fois par mois, j’assiste à un groupe de parole avec un psychologue dans le cadre de l’Association.

Je me ressource aussi grâce à la prière, au sein du groupe du Père Bernard UGEUX, Père Blanc.

Ce choix des soins palliatifs est en conformité avec le choix que j’avais fait d’être infirmière.

Propos recueillis par frère Alain STEINBACH


Témoignage d’un Frère

Frère Michel FATISSON, 68 ans, originaire de Chevrières dans la Loire.

Que représente pour toi la retraite ?

Un phénomène relativement nouveau - surtout pour les Frères. Quand je suis arrivé - en 1961 - à N. D. de Valbenoîte à St Etienne, nous comptions dans notre Communauté de vingt Frères, plusieurs Anciens : les Frères Chalendar, Ducarre et Monnet qui avaient largement dépassé 70 ans et qui travaillaient quasiment à plein temps.

Fr Michel Fatisson en randonnée

Actuellement, les Frères prennent leur retraite comme les laïcs, vers l’âge de 60 ans. Personnellement, j’ai arrêté mon activité professionnelle en 1999, à l’âge de 64 ans. J’étais à l’époque conseiller d’orientation au SCO (Service de Conseils d’Orientation) à St Etienne. Auparavant, j’avais,passé 30 ans au Groupe Scolaire de N. D. de Valbenoîte (St Etienne) comme enseignant et comme directeur de 1982 à 1992.

Comment s’est passé le passage de l’activité professionnelle à celui de la retraite ?

Il est vrai que ce changement de statut social entraîne parfois des déstabilisations difficiles à vivre. Rien de tel en ce qui me concerne, J’ai vécu ce passage comme un changement de saison, comme on passe de l’hiver au printemps ou plutôt de l’été à l’automne, et lorsqu’on a vécu - comme l’an dernier - un été caniculaire, on est soulagé de voir arriver l’automne !

J’aspirais à la retraite pour m’occuper d’une manière plus proche du Centre d’accueil de Gresse-en-Vercors, que j’avais contribué à créer en 1975 et dont je m’occupais de loin, en pointillés, avec un autre Frère que je retrouve sur place. Autrement dit, j’avais, depuis longtemps, un projet de retraite.

Me voilà donc depuis quatre ans dans ce cadre enchanteur du Vercors. Mon activité de retraité est tournée vers l’accueil, des groupes d’adultes et de jeunes qui occupent notre Maison CHAMPAGNAT, pour se retrouver entre amis, pour une activité sportive : marche, ski ou raquettes ou pour un ressourcement spirituel.
En 2002, plus de 2 000 personnes accueillies.

Pourquoi cette activité ?

Pour deux motifs principaux : faire fonctionner un Centre dans lequel j’ai toujours été engagé et secondement, par plaisir, la relation sociale, l’accueil ont toujours été pour moi source de bien-être et de joie.

A ce projet, j’ai ajouté un service plus nouveau, celui d’intégrer l’équipe cl’aumônerie de la Maison d’Arrêt de Varces / Grenoble. Par souci d’aider des hommes plus démunis que tous ceux que j’avais rencontrés jusqu’ici et pour connaître un milieu dont j’ignorais la réalité, j’organise des groupes de parole dans ce lieu de silence et de claustration !

Ne fais-tu pas autre chose ?

En réalité, à ces deux activités principales se sont ajoutées des demandes diverses.

  • Une participation aux Commissions d’animation et de formation de la Tutelle Mariste.
  • Un travail de secrétariat auprès des Evêques de la Région Centre Est, devenue la Province Ecclésiastique de Lyon.
  • Et, pour finir, une responsabilité dans l’Office de Tourisme de ce petit village touristique de Gresse-en-Vercors. Par souci de faire corps avec la population locale, de n’être pas l’étranger de passage.

Ainsi donc, j’ai toujours besoin de mon agenda, comme au temps de l’activité professionnelle !

Mais alors, qu’est-ce qui change ?

  • Plus de légèreté ! Le travail professionnel est souvent lourd de densité et de responsabilité. Les occupations bénévoles de retraite sont plus aérées par leur diversité, leur brièveté et leur moindre responsabilité.
  • Plus de contacts amicaux ; les activités que j’ai choisies sont fondées sur la relation amicale et le service bénévole.

La retraite est le temps de la découverte, de la nouveauté par rapport à la vie professionnelle.
C’est le temps de la disponibilité pour le service.
C’est une nouvelle vie qui commence !

Propos recueillis par Frère Marcel SOUTRENON

(Publié dans « Présence Mariste » n°238, janvier 2004)

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